Santé, bien-être et santé publique en France : quels liens ?

santé publique

Santé, bien-être et santé publique : que cachent ces termes ? Que signifient-ils exactement mais aussi quel est leur lien ? En enfin, comment ce cadre, auquel appartiennent les pratiques de bien-être, est-il défini en France ?

Définition de la santé et du bien-être

Définition générale

Longtemps, la compréhension de la santé était comprise comme « le silence des organes ». Elle consistait alors en une « absence de maladie ou d’infirmité ».

Puis en 1946, l’OMS, Organisation Mondiale de la Santé, a redéfini la compréhension de la santé. « La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité » (citation).

Pour l’OMS, cette « définition va au-delà du paradigme biomédical occidental traditionnel qui traite le corps, l’esprit et la société comme des entités séparées en reflétant une conception plus holistique de la santé. » (citation)

Il est donc établi que la santé et le bien-être ne font qu’un. C’est-à-dire qu’à l’intérieur de cette compréhension globale qu’est la santé se situent :

  • la présence de maladie et d’infirmité sur le plan mental / psychologique. Cela est traité par la médecine traditionnelle.
  • l’absence de maladie et d’infirmité sur le plan physique / biologique. Cela ne relève plus du champ d’action de la médecine traditionnelle.
  • à cela il faut ajouter l’environnement social de la personne.

La compréhension du bien-être social sera affinée plus tard dans une nouvelle définition de l’OMS.

Que peut-on déjà en déduire ? Le bien-être fait entièrement partie de la santé, mais il n’a rien à voir avec le médical. Voici le schéma correspondant :

santé oms

Définition affinée avec la santé mentale

Dans les années 1980, l’OMS ajoute une définition, celle de la santé mentale, liée au bien-être. Ainsi, « la santé mentale fait l’objet d’un large éventail d’activités qui relèvent directement ou indirectement du ‘bien-être‘ ». Le bien-être correspondant toujours à sa définition de 1946 (source).

La santé mentale englobe :

  • « la promotion du bien-être,
  • la prévention des troubles mentaux,
  • le traitement et la réadaptation des personnes atteintes de ces troubles » (source)

Par ailleurs, l’OMS affirme que « la santé mentale est déterminée par une série de facteurs socioéconomiques, biologiques et environnementaux. » Puis elle ajoute : « La santé mentale est un état de bien-être dans lequel une personne peut se réaliser, surmonter les tensions normales de la vie, accomplir un travail productif et contribuer à la vie de sa communauté. Dans ce sens positif, la santé mentale est le fondement du bien-être d’un individu et du bon fonctionnement d’une communauté. »(source).

De fait, le schéma évolue comme suit :

sante-mentale-oms

Des termes restant à préciser

Des points restent à définir, en commençant par la prévention des troubles mentaux. En effet, certains relèvent du domaine médical : une schizophrénie, par exemple, appartenant aux psychoses. Mais d’autres ne relèvent pas du domaine médical : des névroses comme une obsession, ou encore une hystérie. Cependant, il existe des névroses originellement hors champ médical et tombant dans le champ médical. Ainsi, un mal de vivre (non médical) peut évoluer en dépression (médical). C’est pourquoi il est important pour nous que ces définitions soient affinées. Elles permettront ainsi à chaque professionnel de bien-être de rester à sa place et de ne pas se substituer à la médecine.

La promotion du bien-être reste aussi à définir, car son champ d’action et les outils à utiliser sont très larges. Ils déterminent à la fois l’hygiène du physique et du mental :

  • sport, alimentation, hygiène corporelle…
  • repos, calme, ressourcement…
  • techniques de bien-être…

On voit parfaitement que toutes ces démarches n’ont en rien un aspect médical… Mais l’absence d’alimentation, de ressourcement, de bien-être, etc. peut devenir source de maladie… Et donc aboutir à une intervention médicale !

 

Santé publique : la politique de santé en France

Que faut-il ensuite mettre en oeuvre, dans un pays, pour mener à bien les points déjà évoqués ? Cela relève du domaine de la santé publique.

Définition de la santé publique

En 1952, l’OMS donne une première définition de la santé publique :

« La santé publique est la science et l’art de prévenir les maladies, de prolonger la vie et d’améliorer la santé et la vitalité mentales et physiques des individus par le moyen d’une action collective concertée visant à assainir le milieu ; à lutter contre les maladies qui présentent une importance sociale, à enseigner à l’individu les règles de l’hygiène personnelle, à organiser des services médicaux et infirmiers en vue du diagnostic précoce et du traitement préventif des maladies, ainsi qu’à mettre en oeuvre des mesures sociales propres à assurer à chaque membre de la collectivité un niveau de vie compatible avec le maintien de la santé, l’objet final étant de permettre à chaque individu de jouir de son droit inné à la santé et à la longévité. » (lire le rapport)

Ainsi, c’est « la prise en charge collective de la santé d’une population dans son milieu de vie, qu’il s’agisse de soins, prévention, éducation ou hygiène sociale. »

Une politique de santé publique doit être développée, gérée et améliorée par les pouvoirs publics.

Un accent mis sur la prévention de la santé en France

En 2004, une loi relative à la politique de santé publique est enfin adoptée. Il s’agit de la loi 806-2004 du 9 août 2004.

Nous retiendrons les points 3 à 5, en lien direct avec la définition de l’OMS :

  • 3° prévention des maladies, des traumatismes et des incapacités.
  • 4° amélioration de l’état de santé de la population. Mais aussi de la qualité de vie des personnes malades, handicapées et des personnes dépendantes.
  • 5° information et éducation à la santé de la population. Et encore organisation de débats publics sur les questions de santé et de risques sanitaires.

De fait, dans la santé publique, on trouve les aspects :

  • préventifs (absence de maladie),
  • curatifs (soins quand présence de maladie),
  • et éducatifs (sensibilisation et connaissances transmises)

Le bien-être et sa dimension non médicale sont déjà actés

Pourtant, dans les actes, le bien-être est absent.

Ainsi, novembre 2009 vit l’établissement d’un rapport destiné au Premier Ministre François Fillon et insufflée par la Secrétaire d’Etat Nathalie Kosciusko-Morizet. Les définitions de la santé et de la santé mentale de l’OMS y étaient reprises et acceptées. Elles sont dorénavant utilisées par différentes Agences Régionales de Santé (ici).

Ce rapport est intitulé « La Santé Mentale, l’affaire de tous – Pour une approche cohérente de la qualité de vie ». Il se base sur le travail de l’OMS et la politique de santé en Europe.

En ce qui concerne plus spécifiquement les champs médicaux et non médicaux, ce rapport distingue trois volets dans la santé mentale (page 20 et suivante) :

  • premièrement, une dimension médicale : les troubles mentaux.
  • deuxièmement, une dimension non médicale : la détresse psychologique ou souffrance psychique. C’est un état de mal-être qui n’est pas forcément révélateur d’une pathologie ou d’un trouble mental.
  • troisièmement, une dimension non médicale : la santé mentale positive. C’est un état de bien-être, un sentiment de bonheur et/ou de réalisation de soi.

Un développement concret reste encore à initier en France. En effet, à ce jour, le Ministère de la Santé répertorie sur son site les pratiques conventionnelles et non conventionnelles. Mais il ne prend en compte que le côté médical : voir la page.

Des mentalités résistantes

Les pratiques de bien-être, à vocation non médicale, n’existent officiellement pas dans les « cases officielles » !

C’est-à-dire que la détresse psychologique et la santé mentale positive ne sont pas reconnues officiellement dans la santé publique française. Seule la dimension médicale est prise en considération. Elle ne représente pourtant qu’une partie de la santé humaine.

C’est d’ailleurs ce que l’on remarque lorsque l’on se penche sur le Code de la Santé Publique.

L’article L1110-1 cite : « Le droit fondamental à la protection de la santé doit être mis en oeuvre par tous moyens disponibles au bénéfice de toute personne. Les professionnels, les établissements et réseaux de santé, les organismes d’assurance maladie ou tous autres organismes participant à la prévention et aux soins, et les autorités sanitaires contribuent, avec les usagers, à développer la prévention, garantir l’égal accès de chaque personne aux soins nécessités par son état de santé et assurer la continuité des soins et la meilleure sécurité sanitaire possible. »

Puis l’article L1110-1-1 parle uniquement de la formation des professionnels de santé et du secteur médico-social. Aucun cadre n’est dressé pour les professionnels de la santé non médicale. L’absence de cadre favorise le déficit de réglementation dans les pratiques de bien-être, dites non conventionnelles.

Ce sont des mentalités qui ont du mal à évoluer. Un début de bonne nouvelle cependant : le Ministère de la Santé établit déjà des transversales entre les vocations médicales et de bien-être (page).

Une absence de cadre dangereuse ?

Il reste à espérer que cette absence de cadre pour le bien-être ne perdurera pas. Car elle laisse une absence de structure, laissant libre cours à l’interprétation de chacun.

Médecine illégale

On comprend alors aisément les dérives dans le Reiki où des pseudo-professionnels autoproclament leurs compétences et se rendent allègrement coupables de médecine illégale. Il suffit de voir ce qui est prôné dans certains livres – que ce soit dans le Gendai Reiki ou dans le Reiki Takata :

  • « Quand le poids du pendule indique correctement la partie inférieure, nous considérons cette situation comme l’état de santé. Et quand le pendule répète une oscillation de droite à gauche à intervalle régulier, c’est aussi l’état de santé parce que c’est un état maintenu dans l’homéostasie. Par contre si le poids du pendule oscille irrégulièrement à cause de quelque chose, nous dirons que c’est l’état de maladie » (Hirochi Doï, page 154, « Quintessence de la méthode traditionnelle et des pratiques occidentales du USUI Reiki », éditions VEGA, ISBN 2-85829-436-4)
  • « il améliore la constitution génétique, il envoie la lumière du Reiki vers les gènes en focalisant sur l’ADN des cellules » (Hirochi Doï, pages 107 à 109, même livre)
  • « Vos mains émettent des vibrations quand vous les imposez à l’organe malade. La douleur est supprimée, le saignement d’une blessure est stoppé, vos mains sont prêtes à soigner les maladies aiguës et chroniques, des êtres humains, des plantes, des oiseaux, des animaux en général » (livret de l’Alliance Reiki, héritage de Takata)
  • Après 4 jours à 3 semaines de traitement : « Avec un sang neuf, une bonne circulation, le système nerveux et glandulaire rénovés, on peut rajeunir de 5 à 10 ans ! » (livret de l’Alliance Reiki, héritage de Takata)

Affirmations gouroutisantes

Et autres affirmations ‘gouroutisantes’ : « Le thérapeute résonne avec la conscience de l’univers. Son rôle est celui de ‘l’ange de lumière’, il aide les gens dans leur progression spirituelle, tout en continuant d’approfondir son étude personnelle » (Hirochi Doi, même livre, page 266). « Il existe une pratique qui permet de recevoir le guidage de la conscience supérieure pendant toute la journée » (page 123 du même livre).

Ou encore les règles tarifaires du Reiki Takata : « Argent : cet élément constitue un pont entre les mondes matériel et non matériel et offre à l’humanité la guérison grâce au pouvoir et à l’énergie de l’argent. À chaque étape de la voie du système Usui correspond un tarif monétaire précis: 150 $US, 500 $US et 10 000 $US. » (page)